Au commencement

En 1975, Albert Plécy visite, aux Baux de Provence, les impressionnantes carrières de pierre calcaire du Val d'Enfer. Subjugué par la beauté du lieu, il décida de l'utiliser pour mettre à profit ses recherches sur l'Image Totale(c), dans le but d'une expérimentation durable de l'usage et des effets de cette création, qui introduit l'individu au cœur même de l'image.


Dès 1977, le programme "Les Très Riches Heures du Duc de Berry" illuminait CATHEDRALE D'IMAGES, aboutissement d'une réflexion sur l'image, menée au sein de Gens d'Images, l'association fondée par Albert Plécy.


Depuis, plusieurs centaines de milliers de visiteurs ont pu découvrir les programmes de CATHEDRALE D'IMAGES. Nombre d'entre eux sont venus, au fil des ans, pour voir un spectacle sans cesse différent et ressentir le calme quasi religieux des galeries fraîches, colorées de fresques changeantes.


Décédé subitement en 1977, le travail d'Albert Plécy fut repris par sa femme, Anne Plécy qui dirigea CATHEDRALE D'IMAGES jusqu'en 2002. Depuis Timothée Polad, petit-fils des fondateurs, pérennise ce lieu d'images.

 

Anne Plecy











"Ce n'est pas Cathédrale d'Images qui s'adapte à l'image, c'est à l'image de s'adapter à ce lieu".

Anne PLECY



Albert Plécy, le fondateur ...


Afin de mieux comprendre CATHEDRALE D'IMAGES, il est intéressant de connaître certains aspects de la vie de son fondateur, guidé par sa passion pour la photographie et sa réflexion sur l'image, en précurseur avisé.

Journaliste, correspondant de guerre durant la campagne d'Italie, Albert Plécy prit conscience de la puissance de la photographie, témoin de toute la laideur de la guerre. De retour à la vie civile, il s'employa à utiliser son expérience pour promouvoir l'image dans la presse en tant que journaliste, puis Rédacteur en chef au Parisien Libéré. À partir de 1954, il dirigea la chronique hebdomadaire du "Salon Permanent de la Photo" dans le magazine Point de Vue, Images du Monde, dont il fut responsable jusqu'à sa mort. En 1955, désireux de créer un échange d'idées et d'encourager l'innovation dans la photographie, il fonda l'association Gens d'Images.

Cette association perpétue encore aujourd'hui une véritable réflexion sur l'image. De nombreuses conférences sont organisées et "Gens d'Images" encourage, chaque année, les passionnés de photos en décernant deux prix. Le "Prix Niepce" créé pour aider les jeunes photographes à devenir professionnels et le "Prix Nadar" pour récompenser le meilleur livre de photos de l'année.

Albert Plécy est aussi l'auteur de La Grammaire Elémentaire de l'Image (Editions Estienne, 1962). Ouvrage de référence pour tout photographe, il cristallise les utilisations et les applications de la photographie, en répertoriant les symboles existants, les différents thèmes et styles d'images.

Il suggère également une étude plus poussée de l'utilisation de l'informatique dans la composition et la représentation photographique, ainsi qu'une mise au point de nouveaux supports adaptés à toute image. La création de Gens d'Images et La Grammaire Elémentaire de l'Image, avec son appel averti et précurseur, montre l'étendue de la vision d'Albert Plécy. Conscient de l'importance de la juxtaposition des images et des symboles, il souhaitait sortir les photos de leur support contraignant pour leur conférer de nouvelles dimensions et un sens plus fort.
Lorsque Joseph Svoboda présenta le "Mur d'Images" à Montréal en 1965, Albert Plécy vit la possibilité d'un nouveau concept dans cette désintégration et libération des images : l'intégration du spectateur. Ce concept est celui de l'Image Totale(c).
Ainsi, Albert Plécy et Gens d'Images cherchèrent de nouveaux moyens d'aboutir à l'Image Totale(c). Un écran de 300 m2 fut utilisé avec 60 projecteurs pour une réalisation ininterrompue de 15 heures au Théâtre de l'Ouest Parisien en 1969. Au zoo de Thoiry en 1970, "Bestiaire 2000" présenta sur 60 écrans les oeuvres du Musée de la Chasse et du Musée d'Histoire Naturelle. Aux Féeries des Tuileries les programmes "La Prodigieuse Histoire des Tuileries" et "La Belle Epoque des Impressionnistes" utilisèrent des écrans géants, agrandissant 100 fois quelques-uns des trésors de la Bibliothèque Nationale. Il manquait un lieu dans lequel un programme d'Image Totale(c) serait monté et testé.
En septembre 1975, Albert Plécy décida que ce lieu serait CATHEDRALE D'IMAGES, "centre de création artistique et de recherche". Pour reprendre ses termes, "une ruche où l'essaim de Gens d'Images pourrait se poser".




Albert Plecy













"Nos aînés ont mis des siècles pour construire des cathédrale de pierres.

Nos Cathédrale d'Images s'édifient de seconde en seconde".

Albert PLECY







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Le Village des Baux de Provence ...


Les fascinants vestiges du château médiéval des Baux sont posés sur l'un des éperons les plus imposants des Alpilles : chaîne de collines qui forme le dernier contrefort des Alpes avant de tomber vers la vallée du Rhône et son delta. L'importance stratégique de ce lieu en fit une place forte pendant l'âge de fer et une citadelle pour les seigneurs de Provence au Moyen-Âge. Leur château domina la cité qui s'érigea autour de ses murs. Mais sa puissance et son importance furent, en un sens, la cause de sa chute, car la désobéissance des Comtes de Provence attira la colère du Cardinal de Richelieu. Le château fut détruit en 1632.
À son apogée au XIIIe siècle, la commune comptait plus de 3 000 habitants, mais elle fut peu à peu désertée. De ce fait, en 1931, il n'y avait plus que 64 personnes vivant aux Baux. De nos jours, de nombreux visiteurs viennent admirer le remarquable paysage. Plus d'un million de visiteurs chaque année, venant du monde entier, sont témoins de la patiente restauration et de la protection des restes du vieux village.

La route qui va vers le nord en direction de Maillane et d'Avignon, suit le Val d'Enfer et redescend au nord des Alpilles vers la plaine fertile de Châteaurenard. Le nom de Val d'Enfer qui aurait, selon la légende, inspiré Dante dans "La Divine Comédie", est suffisant pour décrire les formations naturelles torturées de la vallée. Mais de temps en temps, à côté des formes érodées et étranges, on peut apercevoir quelques surfaces planes et verticales, angles droits incongrus parmi les courbes taillées par le vent.








www.chateau-baux-provence.com


Les carrières...

La particularité des Baux est d'être le centre d'extraction de deux roches aux coloris contrastés : la bauxite rouge et le calcaire blanc.
La roche rouge foncé fut découverte en 1821 aux Baux et appelée bauxite d'après le nom du village. Paradoxalement, le nom des Baux vient du Provençal et signifie "montagne blanche".
La pierre blanche était extraite, entre autres, de la carrière des "Grands Fonts" ou "Fonds". Celle-ci était fermée depuis 1935, victime ironique d'une trop importante demande de matériaux de construction dans la région, depuis le début des années 20. La quantité de pierre et les moyens d'extraction limités rendaient le prix prohibitif en comparaison du béton ou de l'acier. Des dix carrières en exploitation au début du XXe siècle dans la région de Saint Rémy et des Baux, il n'en reste qu'une en activité.
Glanum, site d'intérêt archéologique près de Saint Rémy, fut probablement à l'origine de l'exploitation des carrières dans la région. Les Gaulois, puis les Grecs au IIe siècle avant J.-C., se servirent de blocs sommairement découpés dans la pierre calcaire relativement tendre. Cependant, certaines pierres taillées avec plus de précision datent de l'époque précédant l'occupation romaine ; à cette époque Glanum comptait plus de 5000 habitants.
La présence in situ de matériaux de construction a aidé au développement de la ville, mais les blocs de pierre étaient également exportés vers Arles, et par le Rhône, jusqu'à Lyon.

Si la région des Baux dispose d'autres types de pierres, plus résistants, la bauxite est probablement la plus facile à couper. Cette grande production de pierres dans la région de Saint Rémy obligea les carriers à modifier les techniques minières en utilisant des treuils et des puits menant à la surface. Ce fait, ainsi que le besoin de pierres pour la construction du château médiéval et de la Cité des Baux, provoqua l'ouverture de
carrières dans cette partie des Alpilles.
Les méthodes de coupe de la pierre ne changèrent pas jusqu'à l'arrivée de la "scie crocodile" vers 1880 ; les premiers blocs au sommet de la carrière étant les plus difficiles à extraire. Quatre trous horizontaux de cinquante centimètres de profondeur étaient creusés à l'aide de barres de fer, marquant les angles du bloc. Ils pouvaient être distants de deux mètres horizontalement et d'un mètre verticalement. Ces trous étaient ensuite reliés en ciselant d'étroites tranchées de façon à former un rectangle. Un énorme bloc était ainsi obtenu, toujours soudé au rocher par l'arrière. Les carriers utilisaient les angles, finement découpés, pour le détacher de la montagne.
Le premier bloc enlevé, l'extraction des autres blocs était plus aisée.

La plus grande partie du travail des carriers fut exécutée avec des pics appelés "smilles" utilisés jusqu'à la fin du XIXe siècle. Leurs traces sur la pierre se voient encore et se distinguent de celles laissées par les scies. Même après l'arrivée de la "scie crocodile", le travail était extrêmement rude et l'extraction du premier bloc en haut de la galerie pouvait demander plus de deux jours d'efforts ; il fallait ensuite les équarrir et les
transporter, tâche difficile avec des blocs qui pesaient parfois une demie tonne. Cependant le produit fini est une masse régulière, spectaculairement blanche et d'une pureté étonnante.
Les carriers laissèrent derrière eux des murs et des piliers dont les surfaces sont impressionnantes de régularité. Un support idéal pour des milliers d'images, un écran multidimensionnel en roche blanche, réceptacle de lumière, jaillissant de l'obscurité des galeries.









CATHEDRALE D'IMAGES, le lieu...


De nos jours, CATHEDRALE D'IMAGES utilise les carrières de la même façon que lorsqu'elle fut ouverte au public en 1977. Le lieu comprend trois espaces principaux : L'entrée Jean Cocteau, la salle Abel Gance et la salle Albert Plécy.
L'entrée Jean Cocteau fut nommée ainsi en souvenir du poète et cinéaste. Elle comprend le parking et l'entrée principale. Au fond, la scène adossée à la montagne fut utilisée comme décor pour le dernier film de Jean Cocteau "le Testament d'Orphée" en 1959. Les sculptures érigées au sommet de cette ouverture, furent créées pour un film plus récent, "Antigone" avec Stellio Lorenzi (1974).
La Salle Abel Gance est partiellement couverte, mais elle dispose de généreuses ouvertures sur toute sa longueur. Cet espace se prête merveilleusement aux expositions régulières qu'il accueille tout au long de l'année.
Enfin, la Salle Albert Plécy est le lieu de projection en Image Totale(c). À droite de l'entrée, une grande galerie s'enfonce sur soixante mètres sous la montagne, pour aboutir sur un gigantesque hall, découpé par d'immenses colonnes laissées par les carriers pour porter le "toit". Ces piliers naturels ont entre cinq et dix mètres de base et mesurent de sept à neuf mètres de haut. Ils servent, tout comme les murs et le plafond, d'écrans naturels pour les projections. Ainsi environ 4 000 m2 d'écrans naturels sont disponibles pour projeter des images sur douze mètres de haut. Ces surfaces ne sont pas parfaitement planes ni régulières, renforçant l'effet de relief. Les images ne sont jamais plates ni cadrées. Le spectateur se déplace et découvre de nouveaux angles de vues et perspectives. Il baigne dans un monde où les images illuminent le plafond, rampent sur le sol, et s'éclatent sur les arêtes.







le lieu



La réalisation ...


Les documents photographiques et la production nécessaires à chaque programme exigent une connaissance approfondie de la salle de projection et des difficultés rencontrées qui sont posés par la diversité des écrans naturels.
Plus de cinquante sources de projection envoient des images de 50 à 100 m2 chacune. Un programme compte entre deux et trois mille images, les séquences et les rythmes sont sélectionnés et programmés par ordinateur afin notamment de coordonner chaque projecteur en prenant en considération sa position dans la salle et les effets désirés.
La bande sonore, conçue spécialement pour chaque réalisation, aide, par une synchronisation méticuleuse, à renforcer la puissance des images et à ponctuer les différentes parties du programme. Citons les compositions originales de Armand Amar, Christian Cadoret, Richard Cornu, Philippe Ferret, Francis Lai, Jean-Jacques Lion, Eric Lobstein, Jean Musy, Christophe Guyard.
Au fil des ans, les réalisateurs ont utilisé des techniques différentes. Ginette Blery, journaliste, décrit ainsi celle de l'un d'entre eux :
"Hans Walter Müller qui pratiqua l'architecture avant l'audiovisuel, a créé un découpage homogène de l'espace pour déterminer l'emplacement des projecteurs et la composition de ses images. Il aurait été bien sûr possible d'établir un relevé classique en photogrammétrie mais en l'occurrence, Hans Walter Müller n'en avait ni le temps ni les moyens. Aussi, décida-t-il de photographier les murs à l'aide des projecteurs Carousel Kodak ! Ceci lui apportait en outre une prise de vue réalisée exactement avec le même objectif que celui qui serait utilisé à la projection".

Les projecteurs furent donc utilisés avec des films négatifs et enregistrèrent une image suffisamment précise pour qu'un relevé soit établi. A partir de ce travail, le film inversé fut transformé en plan et inséré dans des caches. Ces divers relevés, mis bout à bout, servirent à établir un schéma de l'ensemble de la projection et à en donner une vue synthétique, essentielle pour la mise au point du découpage. Les prises de vues furent ensuite effectuées avec un Rollex équipé de transparents, reprenant les plans de la série des "écrans-volumes". Pour la première fois dans l'histoire de l'audiovisuel, le sujet est cadré exactement en fonction du support en trois dimensions sur lequel il sera projeté. Cette façon de procéder non seulement évite la distorsion inutile de certaines images, mais encore permet d'en programmer les effets. La prise en considération du relief donne la possibilité de jouer du déplacement du spectateur à travers les salles de la carrière et de créer des jeux de premiers plans et d'arrières plans, des apparitions et des disparitions, fondus enchaînés, comme nous en offrent les trois dimensions de la réalité.
Année après année, s'est constituée une liste de réalisateurs prestigieux qui ont contribué au succès de CATHEDRALE D'IMAGES, par des productions de haute qualité et des innovations techniques dans le monde audiovisuel. CATHEDRALE D'IMAGES les remercie pour leur dévouement.